III EXPEDITION 1973

LE TROU SOUFFLEUR DE LIET

Durant l'automne 1972, notre matériel étant immobilisé dans le gouffre du Cambou de Liard, le club ne dispose plus que de quelques cordes et d'aucune échelle.

Nous reprenons nos activités habituelles sur le massif du Vercors. Sans échelles, nous sommes obligés, si noue voulons descendre quand-même quelques trous, de nous mettre à la technique du "Jumard", alors pratiquée par peu de spéléos. Cette dernière permet de remonter sur une corde seule, grâce à deux bloqueurs qui pincent alternativement la corde. L'un est fixé au cuissard, l'autre est relié au pied par une longe. Le spéléo monte le pied et à la main fait avancer le bloqueur supérieur sur la corde, puis il se rétablit sur son pied. La corde, tendue par le bas, coulisse alors dans le jumard de ceinture et le maintient. Le mouvement, moultement répété, permet de progresser à chaque fois de 40 à 50 cm sur la corde.

Si nos premiers essais ne furent pas toujours concluants, car les réglages sont délicats, (longueur des sangles, baudrier bien maintenu, etc... ) la méthode finit par s'avérer nettement plus efficace et plus légère que la technique des échelles. Elle fut presque définitivement adoptée.

Malgré une opposition croissante dans son club, due à une jalousie engendrée par une publication scientifique de notre part sur le gouffre du Cambou de Liard, René Cabille nous invite pour l'été 1973 à un camp au cirque de Liet situé immédiatement à l'Est de celui du Liard. Comme l'année précédente, les ardéchois sont invités.

Le but principal de l'expédition était le trou souffleur de Liet, dont nous avions très souvent entendu parler au cour de l'expédition précédente.

Ce gouffre avait une fameuse réputation ! Après être descendu dans un puits glacé de 100 m de verticale qui crachait un torrent d'air froid, les palois avaient été arrêtés vers -300 m par des cascades impressionnantes !

Plusieurs héliportages gratuits, obtenus grâce aux relations de Jean Pierre permirent d'amener tout le matériel à pied d'oeuvre. C'est cependant lourdement chargés, comme d'habitude, que Baudouin, François et moi, partons de Razies (à 900 m d'altitude) à la découverte de cette nouvelle zone spéléologique. Au début nous suivrons en rive gauche, le sentier du col d'lsèye pour le quitter à la cabane de Cujalatte. Nous traversons le torrent et montons à travers bois en direction de la base de l'éperon Nord du Pic de la Ténèbre, selon un itinéraire supposé être le plus court pour rejoindre le lapiaz du Liet. Nous montons à travers la forêt par des pentes fort inclinées, nous tenant aux branches et patinant sur les feuilles mortes. En sueur, et les mollets déjà durs, nous arrivons enfin au haut de la prairie de Characou, juste au pied de l'éperon. Là, la base du lapiaz de Liet est défendue par une pente impressionnante coupée de petites barres et de vernes serrées et impénétrables. À gauche, un cheminement nous apparaît possible. Une vire herbue monte en diagonale à travers les arbres et rejoint une épaule sous le premier ressaut rocheux de l'arête. Noue montons d'abord dans des rochers faciles et herbus, mais progressivement ces derniers disparaissent et nous nous retrouvons taillant des marches à coup de pied dans une pente d'herbe à quarante cinq degrés. Avec précaution nous nous hissons de marche en marche, attentifs à ne pas être déséquilibrés par nos lourdes claies à portage. La pente diminue enfin. Nous ne sommes pas tiré d'affaire pour cela ... Un bois de vernes touffues recouvre un lapiaz tourmenté. Nos claies s'accrochent dans les branches et nous tombons à tout moment dans des chausses-trappes dissimulées sous les rhododendron. Petit à petit, l'altitude croissant, le lapiaz l'emporte sur la végétation et nous débouchons en vue d'une grande combe d'éboulis au pied de la falaise du pic de la Ténèbre. Baudouin est attiré par une dépression au contact du lapiaz et de l'éboulis, non loin d'un gros bloc morainique. Un formidable courant d'air s'écoule dans la pente en un fleuve glacé. Il sort d'une ouverture large et basse sous laquelle il faut se baisser pour voir plonger dans l'obscurité une rapide pente de neige. Des traces sur la neige et des sacs à l'entrée prouvent que nous avons, au hasard, trouvé le Souffleur de Liet. Légèrement vêtus, nous ne nous attardons pas tant "le vent" est froid et continuons notre montée à travers le lapiaz, puis dans des pentes d'herbe inclinées. Après avoir traversé le lit à sec d'un ruisseau, nous aboutissons sur un promontoire d'ou l'on domine la plus grande partie du clapier. Ce dernier est beaucoup plus vaste que celui du Liard. Il s'étend sur près de deux kilomètres carré, bordé à gauche par la haute falaise du pic Permayou, à droite par les pics de la Ténèbre. Il est coupé horizontalement, au tiers supérieur, par une vire herbeuse horizontale qui le traverse d'un bord à l'autre. En dessous de cette dernière les calcaires sont gris et sont roux au dessus. Ces couches sont

la continuation directe, à l'Est du Pic Permayou, de celles du cirque du Liard. La bande d'herbe cache une couche de dolomie rousse que nous voyons monter en diagonale dans les versants du Permayou et de la Ténèbre. Elle constitue un niveau imperméable entre les deux formations calcaires, et nous la retrouverons au plancher de certains gouffres. Derrière le promontoire, un ensellement dans les lapies débouche sur une petite plaine herbue ou serpente un ruisseau. Les tentes des palois sont dressées sur le coté droit, au pied d'une barre rocheuse qui borde le cambou.

Notre arrivé ne semble pas déclencher ici une vague d'enthousiasme, et si Albert a toujours une bonne blague pour décrisper l'atmosphère, Jean Pierre nous accueille assez froidement. On nous reproche d'avoir publié dans Scialet (revue des spéléo de l'Isère), un article sur le gouffre du Cambou de Liard, de manquer d'esprit d'équipe, et surtout, le reproche s'adresse à moi, d'avoir écrit un article scientifique sur l'expédition 1972, article publié dans une revue à faible tirage et essentiellement technique ! Assez curieusement ce grief ne nous sera révélé que plus tard. En minorité devant les palois, c'est dans un silence gêné, ou tombent de rares commentaires, que nous montons nos tentes ! Puisque nous sommes monté et que nous avons payé notre part du ravitaillement, nous resterons. Au cours du repas, les langues se délient un peu et nous apprenons ou en est l'exploration du gouffre. Pendant les week-ends précédant le camp, les palois ont équipé le Souffleur jusque vers -210 m au sommet d'un- puits de 25 m. Toutes ces histoires ne nous empêcherons pas de dormir, et le lendemain nous partons accompagnés d'un palois : Bruno CALVEZ, pour continuer l'exploration du souffleur, Tout de suite, nous descendons dans une raide pente de neige, grâce à une main-courante ; un ressaut, surprise, à -20 m un magnifique tube incliné à 45° s'enfonce sur 100m de long, tel une piste de ski que nous dévalons, nos trois lampes s'étirant comme dans une descente aux flambeaux. Nous quittons la neige et sommes fort déçus de constater que le redoutable puits glacé dont on nous avait tant parlé soit cette débonnaire pente de neige ou une corde est à peine nécessaire ! Mais voila quelques ressauts, puis un puits de 33 m au pied duquel coule un ruisselet dans une petite salle au plancher de graviers. Nous remontons un éboulis jusqu'au plafond du méandre. Nous recoupons un autre méandre perpendiculaire ou nous descendons de 23 m en rappel. Nous sommes là dans un vaste canyon qui s'enfonce cran par cran sans autres difficultés que des verticales successives de 15 à 25 m. Le puits de 25 m qui avait arrêté Jean OZANZ lors de la descente précédente est franchi, et c'est avec une excitation croissante que nous plongeons vers l'inconnu. Mais voila qu'au bas d'un dernier ressaut de 12 m le canyon se resserre. Il faut monter de quelques mètres, prendre une étroite diaclase, ou Baudouin passe à peine. Entre nos pieds, dans un élargissement, s'ouvre un puits. Une pierre,jetée par là accuse une quinzaine de mètres que nous descendons plein d'espoir. Il sera de courte durée, car, dans une petite salle, l'eau part dans un étroit méandre. Un nouveau puits s'ouvre en dessous ; mais cela ne passe pas sans prendre de gros risques. Pourrions nous remonter cette étroiture verticale qui exige de chasser l'air des poumons pour descendre, et où les pieds battent dans le vide ? Sagement nous renonçons, d'autant plus facilement que nous avons perdu le courant d'air. La suite est ailleurs. Au sommet du puits de 15 m, le méandre semble continuer. Il se transforme bientôt en une galerie cylindrique et nous buttons, dépités, sur un petit siphon. Je redescendrais avec Baudouin pour lever la topographie. Ce fut une longue bagarre avec la boite topofil dont le fil cassait presque à chaque fois, après plusieurs redescentes pour refaire une visée, la grogne croit, Et ulcérés nous remballons nos outils bien avant la fin !

Palois et grenoblois sont déçus de voir ce gouffre, dans lequel nous placions beaucoup d'espoirs se terminer aussi vite. Inconsciemment, les palois nous en veulent un peu d'avoir fini leur"grand gouffre".

Sur ces entrefaites arrivent les ardéchois. Les palois, amers, leur demandent de déséquiper. L'étroiture ne sera même pas revue. Le jour du déséquipement François et moi levons la topographie de -175 m à la surface. Au passage, nous effectuons une traversée au sommet du P 23, vers - 150 m. Le courant d'air provient en majeure partie de ce secteur. Mais nous devons abandonner notre progression sur des banquettes pourries, de peur de blesser par des chutes de pierres nos camarades qui déséquipement en dessous. La suite du gouffre est certainement là !

Les ordres sont les ordres, et les ardéchois continueront leur travail jusqu'à la surface. Le trou sera considéré comme terminé.

LE GOUFFRE ANDRÉ TOUYA

Appelé par des obligations militaires, Baudouin nous quitte et nous laisse à deux en butte à l'hostilité croissante des palois. N'ayant plus de gouffre à descendre, nous allons jeter un coup d'oeil au trou de la Tasque, exploré en 1970 par la S.S.P.P.O. Une suite serait possible vers -100 m, où le ruisseau se perdrait dans un puits non descendu. En fait il ne s'agit, en guise de puits, que d'une marmite de géant au fond bouché. Ce gouffre est cependant intéressant par le courant d'air aspirant qui le parcourt et par le magnifique toboggan descendant à 45° au contact de la, dolomie. Il a été exploré jusque vers - 250 m ou un colmatage ferme d'un seul coup le "tube".

Avec les palois, nous prospectons la partie Est du lapiaz vers le pied de la Ténèbre. Les ardéchois explorent la partie Ouest, sous la paroi du Permayou. Nous descendons de nombreux trous sans grand succès. Tous sont bouchés par des cailloux ou de la neige. Nous restons plutôt sur la partie haute du lapiaz, plus proche du camp. (alors que de grandes cavités existent plus bas, mais cela, nous ne le savions pas).

Dans leur secteur, les ardèchois ont trouvé un trou intéressant. Une fissure du lapiaz semblable à beaucoup d'autres va en s'évasant vers le bas au lieu de se refermer comme de coutume, cela constitue un puits de 16 m, immédiatement suivi d'un autre de 12 m. Ils cheminent ensuite dans un méandre encombré de blocs qui conduit à une zone ébouleuse. Un bon courant d'air les accompagne vers le bas.

Le soir, au camp, l'annonce de leur découverte passe presque inaperçue. La profondeur atteinte n'est pas bien importante et l'ambiance du camp étant de plus, fort tendue, nos chamailleries nous préoccupent plus que la découverte d'un nouveau trou. Ne nous faudra t'il pas faire un raid vers la tente de l'intendance, jalousement gardée par Jean 0ZANZ ; car les palois, organisateurs du camp, pour nous inciter à partir, nous rationnent la nourriture aux repas communs, et s'empiffrent en cachette sous leurs tentes sur des provisions "personnelles". Si Jean Pierre BESSON, ne nous adresse presque plus la parole, Claude ROUGERIE entretient soigneusement la zizanie, poursuivant les deux grenoblois minoritaires de sa haine, jurant que nous ne remettrons plus jamais les pieds ici. Ce que nous aurions fait si... Si le trou des ardéchois m'avait pas continué. Or, il continue, et même bien !

Après les ressauts du méandre et avoir cheminé au travers de blocs, "Popeye"(Jean Louis BAYLE), Gérard ALLEGRE, "Bading"(Jf. ROSA), et les frères ODDES débouchent au sommet d'une galerie en forme de tunnel inclinée à 45° et encombrée de très gros blocs en équilibre instable. "Bading" tente de passer par la gauche, il y a là une énorme "poire" rocheuse, de 5 ou 6 mètres de haut plantée par son petit bout dans la caillasse. Notre amis, encordé, descend prudemment et s'enfile entre la "poire" et la paroi. Le passage est étroit et il doit forcer un peu pour passer. Mais voila qu'il sent sous sa poussée le bloc bouger. La peur l'étreint. Il hurle "le bloc bouge". Il s'immobilise, rien ne se passe ; délicatement, le coeur battant, avec mille précautions, il se dégage et remonte, encore tout tremblant vers ses copains. Tant d'émotions mettent fin à l'expédition. Ils arriveront au camp encore secoués par leur aventure, ce lieu s'appellera désormais le"toboggan de la peur".

Le trou est équipé pour l'exploration aux jumards , avec des cordes uniquement. Les palois ne pratiquent pas cette technique et nous accusent de ne pas utiliser les échelles afin de les éliminer de nos explorations. En réalité, outre l'allègement du matériel (une seule corde au lieu d'une corde plus des échelles), une corde seule évite des chutes de pierres, déjà trop fréquentes dans cette cavité ébouleuse. Souhaitant ne pas entretenir l'ambiance oppressante qui règne en surface, nous initions les palois à nos méthodes sur un gros bloc de rocher qui occupe le fond du cirque et joue le rôle d'école d'escalade.Cette toit ci, nous participerons à l'expédition, nous partons à huit "Popeye" , Gérard ALLEGRE, les frères ODDES, " Gégé jumard" ( Gérard DEBOST), "Bading", François BERTHOD et moi.

Le "toboggan de la peur" est descendu, ce coup ci, du coté droit en restant sur une vire au dessus de l'éboulis, qu'ainsi, nous ne touchons pas. Par un puits de 21 m, nous débouchons dans une vaste salle dont nous ne distinguons pas les plafonds. Il s'agit d'ailleurs de la base de puits gigantesques remontant probablement non loin de la surface. Le sol est constitué par un chaos invraisemblable de blocs. en équilibre instable que nous traversons précautionneusement. Sous nos pas, des tassements inquiétants, accompagnés de grondements sourds entretiennent l'angoisse. C'est avec soulagement que nous gagnons le sommet d'un énorme bloc coincé entre deux parois et à l'abris des chutes de pierres. De là, deux spits et une corde de dix mètres nous permettent de passer à l'étage inférieur. Encore un ressaut dans de la dolomie friable, et nous débouchons dans un toboggan au plancher nu, plongeant vers l'inconnu. Une rapide descente en rappel nous mène 80 m plus bas sur un éboulis qui ferme complètement le tube. Nos regards se portent vers les hauteurs et nous découvrons dans la paroi de gauche un méandre qui nous conduit au sommet d'un nouveau puits. Malheureusement, nous n'avons plus de corde, et à contre coeur, nous devons renoncer à aller plus loin. La suite sera pour demain. Cependant nous balançons par là dessous quelques gros blocs qui dévalent longuement dans un tintamarre dantesque une pente que nous estimons dépasser la centaine de mètres. Il ne nous reste plus qu'à remonter."Gégé jumard" est déjà à quelques mètres au dessus de nous quand un grondement sourd provient des hauteur. Quelques pierres sifflent et rebondissent de paroi en paroi Venant claquer sèchement à nos pieds. Sans chercher l'origine du phénomène, nous nous jetons dans l'entrée du méandre qui constitue un abris. "Gégé", accroché à sa corde a pendulé et s'agrippe à un becquet de la paroi. Le grondement s'amplifie, et brusquement nous reconnaissons le bruit de l'eau. La crue, tant redoutée des spéléos ! Avec un souffle soudain qui fait vaciller nos lampes, une vague d'eau de cinquante centimètres de haut balaye la galerie sur toute sa largeur. Un torrent écumant, sale, charriant des cailloux, gronde à quelques mètres de nous. Mais très vite, le calme revient, le débit du ruisseau se stabilise au triple ou au quadruple de ce qu'il était avant la crue, ne menaçant plus notre remonté. Les uns après les autres, s"échelonnant de toboggan en puits, nous regagnons la surface. Dehors quelques éclairs zèbrent encore la nuit vers le nord et la plaine, un vent frais secoue nos tente.

Ce phénomène de la vague de crue à été observé dans d'autres cavités à forte pente. Il est probablement à l'origine de la tragédie de la grotte de Gournier (en Vercors) ou trois spéléologues lyonnais furent emportés par une crue alors qu'ils revenaient vers la surface (novembre l976). Nous pensons pouvoir l'expliquer de la façon suivante : les premières masses d'eau entrant sous terre (au début d'un orage, par exemple) sont freinées parce qu'elles doivent mouiller la surface de la roche, se frayer un chemin à travers les cailloux, remplir les creux. Les masses d'eau suivantes se propagent. beaucoup plus rapidement, car n'ayant plus à surmonter ces obstacles et rattrapent les premières -. Au fur et à mesure de l'enfoncement de la crue, le phénomène s'amplifie et fini par constituer une véritable vague. Un autre phénomène curieux nous intriguera. Notre expédition eut, lieu durant la nuit (comme bien souvent en spéléologie). Vers minuit, nous étions à notre terminus et balancions allégrement des blocs énormes dans le toboggan que nous dominions jouissant d'un étrange sentiment partagé entre la sourde angoisse qui monte à la gorge devant une grande verticale et l'anticipation de la première promise par de longs échos. Le lendemain, Ambroise, le berger, nous dira que dans la nuit, alors que l'orage naissant venait de le réveiller, il ressentit de sa couche des grondements sourds venant de sous terre. S'agissait 'il de nos blocs ?

A l'époque nous l'avons cru. Les explorations ultérieures et la topographie nous ont montré que le gouffre ne passe pas exactement sous le cayolard, mais plutôt à 200 ou 300 m plus à l'Est. Par contre, un autre grand gouffre passant exactement sous la doline ou se niche la cabane sera découvert en 1976.

Le camp tire à sa fin , et des obligations professionnelles appelant la majorité d'entre nous vers la plaine, cette expédition sera la dernière. Nous irons le plus loin possible et déséquiperons du fond à la grande salle de -204 m. Les palois, qui entre temps, ont équipé jusque là aux échelles, se chargeront de sortir leur matériel dans les week-ends qui suivront notre départ.

Pour cette dernière pointe, nous sommes neuf, car nous avons décidé Jean OZANZ à nous accompagner et à participer à la première. Avec "Gégé jumard", nous partirons avec quelques heures de retard sur l'équipe de pointe car nous sommes chargés de faire la topographie à partir du point ultime atteint jusqu'à la surface. Nous remonterons en premier, précédant le déséquipement. Quand nous arrivons à notre arrêt précédent, les autre sont déjà loin ; et nous nous précipitons pour découvrir à notre tour les vastes galeries sondées il y a quelques jours. Le grand toboggan ne fait que soixante mètres de long , mais il est immédiatement relayé par un nouveau tube ou une vision grandiose nous attend , ce dernier est pratiquement rectiligne et les lampes de nos amis, occupés à remonter, s'échelonnent sur plus de cent mètres, matérialisant ainsi la grande profondeur. Impressionnés par le vide, c'est avec un léger pincement au coeur, que nous nous laissons filer sur la corde au rythme saccadé du descendeur.Nous rejoignons les autres sur un palier en rive droite du toboggan. Ce sera notre terminus, car ils ont déséquipé en dessous. Ils nous affirment Avoir descendu environ 60 m plus bas et s'être arrêté vers -500 m, au sommet d'une nouvelle pente estimée dans leur enthousiasme à environ 100 m de creux. Avec de si vastes galerie, un fort courant d'air descendant, et la profondeur déjà atteinte, nos espoirs sont grands de dépasser le siphon terminal du gouffre du Cambou de Liard, et c'est plein d'optimisme pour les explorations de l'année prochaine que nous commençons à lever la topographie. Ce travail, lent, minutieux, répétitif, pénible dans toute autre cavité, est ici, presque une partie de plaisir. Nos visées atteignent par moment près de 50 m dans les toboggans et à ce train là, noua approchons vite de la surface. Malheureusement, à partir de la salle de -204 m, les galeries reprennent un gabarit plus normal et la longueur des visées n'est plus que de quelques mètres, et même moins dans le méandre. Nous sortons enfin, avec sur nos carnets, une liste de chiffres que nous dépouillerons avec fièvre dés le lendemain matin pour pouvoir annoncer à nos copains, impatients, la cote atteinte par l'équipe. Pour une fois d'accord avec les palois, nous baptiserons ce trou : Gouffre. André TOUYA, en souvenir de notre ami palois, mort à l'automne 1972, dans un accident de voiture, et à qui nous devions la remarquable organisation de l'intendance lors de l'expédition au gouffre du Cambou de Liard.

Le retour dans la vallée se fera, comme d'habitude, chargés d'énormes sacs de matériel.

C'est avec impatience que nous attendrons l'été 1974 ; rêvant pendant l'hiver sur nos cartes et nos topographies, discutant pendant des heures sur les possibilités du gouffre. Quelles aventures nous réserve t'il encore ?

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